Anthropology of Cinema

Festival International du Film Fantastique de Bruxelles :

La peur en tant que catharsis collective

Le Festival International du Film Fantastique de Bruxelles  (plus connu comme le BIFFF en anglais) créé en 1983, est un festival qui est considéré comme une institution dans son genre, au même titre que le Festival de Sitges de Catalogne (1967), le FantaFestival en Italie (1981)  ou le FantasPorto au Portugal (1982), pour ne citer que les plus anciens.

Ce genre ne connaît pas la crise du cinéma, tant Bruxelles semble se mettre « au service » du BIFFF durant les deux semaines du festival: des zombies qui envahissent les rues de la ville, un traditionnel  « Bal de vampires », des activités culturelles, des conférences et des concerts autour du festival, avec l‘appui impressionnant de tous les médias de communication bruxellois ! : La radio et la télévision transmettent chaque jour en direct depuis le Festival.

Cyborg girl
Cyborg girl Clôture BIFFF 

Le public du BIFFF est un public de connaisseurs et spécialistes, connu pour sa rigueur et son interaction complice avec les films. Ceux-ci sont parsemés d?applaudissements quand vient l’action,  de cris et hurlement face à une scène de « pleine lune », ou simplement des commentaires satisfaits ou critiques, voire mêmes des bâillements si un des films est considéré comme mauvais.Les directeurs de films présents peuvent donc se faire une idée rapide du succès de leur oeuvre.


Mais en dehors de tout ceci, l’ambiance vécue quotidiennement au BIFFF est plus proche d’une catharsis  face aux scènes et trames de la véritable terreur. La sensation de peur, comme l’affirme le directeur mexicain Diego Cohen, se transforme ainsi en une catharsis collective.

Dans ce sens, les films appartenant au genre de l’horreur, la science-fiction et du suspense (thrillers) reflètent les peurs d’une société, et nombre des histoires classiques sont fondées sur des mythes et légendes profondément enracinées dans la culture traditionnelle de chaque société, tels que les vampires, les démons, les sorcières et les phénomènes paranormaux. Mais ils sont aussi le reflet  de nos peurs envers nous-mêmes et de ce que nous sommes capables de faire dans des situations extrêmes, telles que les histoires de déviance psychologique, les assassinats, les viols et tortures.

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Cthulhu Monstre humanoïde imaginée par H. P. Lovecraft dans la nouvelle L’Appel de Cthulhu (1926).

Mais pourquoi la peur, en tant qu’expression artistique, a tant de succès, et pas seulement au cinéma? Rappelons que le genre « terreur » est aussi magnifiquement représenté en littérature par Edgar Allan Poe, Howard Phillips Lovecraft ou Stephen King, par exemple.Depuis Aristote jusqu’à Bauman, en passant par Freud, Sartre et Arendt, la peur, ce phénomène psycho-biologique instinctif, a été un thème d’étude clé pour comprendre le comportement socioculturel de l’être humain.

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The Scream – Edvard Munch

Aristote définit la peur comme une passion (pathos), un mélange de douleur et de plaisir qui bien contrôlée peut se convertir en vertu qui éviterait la douleur pour augmenter le plaisir (2003, 2009).Dans le sens aristotélicien, la peur comme recours créatif ou en tant qu’expression artistique, se transformerait en « vertu » pour contrôler les extrêmes de celle-ci, à savoir la lâcheté et la témérité.

C’est peut-être ce dernier point qui expliquerait l’énorme succès du film fantastique (englobant ici les genres de science-fiction, suspense et d’horreur) dans le monde: faire face à nos peurs pour atteindre une catharsis qui nous permettrait de lutter contre les constants dangers auxquels nous devons quotidiennement faire face.

(Extrait de l’article paru en sur Bruxelles.Blog )

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